Bottle to bottle : des bouteilles plastiques pour faire des bouteilles plastiques

Nicolas Théodet

Afin de préserver les ressources naturelles en pétrole, il est possible de recycler les bouteilles plastiques en P.E.T. clair en… bouteilles plastiques. Un procédé vertueux que l’usine France Plastique Recyclage, détenue par la Paprec et Suez, réalise sur le territoire des Yvelines. Chaque année, ce sont près de 40 000 tonnes de bouteilles qui sont […]

Cet article fait partie du dossier: Réduction des déchets : une semaine pour sensibiliser

Afin de préserver les ressources naturelles en pétrole, il est possible de recycler les bouteilles plastiques en P.E.T. clair en… bouteilles plastiques. Un procédé vertueux que l’usine France Plastique Recyclage, détenue par la Paprec et Suez, réalise sur le territoire des Yvelines. Chaque année, ce sont près de 40 000 tonnes de bouteilles qui sont achetées pour être recyclées. 

Faire des bouteilles avec de vieilles bouteilles plastiques permet de préserver les ressources. © France plastique recyclage

Le « bottle to bottle », un anglicisme simple à comprendre. L’objectif de ce procédé est d’utiliser des vieilles bouteilles plastiques en PET clair pour… refaire des bouteilles plastiques de PET clair (Polytéréphtalate d’éthylène). Une manière de préserver la matière première en redonnant une seconde vie aux déchets, d’autant que la surconsommation de ce type de produits a un impact direct sur l’environnement. Sur une année, France Plastique Recyclage, située sur les bords de Seine du Mantois, reçoit près de 40 000 tonnes de bouteilles plastiques. Toutes proviennent du nord-ouest de la France et du bassin parisien.

Installée depuis juin 2009, l’entreprise est spécialisée dans la production de billes de P.E.T. clair pouvant être réutilisées pour l’emballage alimentaire. Employant près de 110 personnes, France Plastique Recyclage est la seule usine de France à détenir une chaîne de production complète. De grands groupes sont d’ailleurs des clients fidèles, tels Nestlé et Danone qui, sur certains de leurs produits, utilisent à 100% du plastique recyclé.

Les bouteilles plastiques achetées en déchetterie

Les balles sont envoyées sur la ligne de tri avant d’être découpées en paillettes. © CD78/N.THEODET

La première étape de cette valorisation, c’est l’arrivée des balles. Ce sont de gros blocs de bouteilles plastiques achetés par l’entreprise aux différentes déchetteries.

Arrivées par camion ou par la Seine, « chaque balle pèse en moyenne 250 à 350 kg, pour un prix qui varie entre 320 et 350€ la tonne », explique Eric Labigne, directeur de l’entreprise.

Si un tri a déjà été réalisé en amont dans les déchetteries, un second est rapidement réalisé par l’entreprise afin d’uniquement recycler le P.E.T. clair. « Le but est d’enlever les étiquettes, les bouchons et les bouteilles qui ne sont pas en P.E.T. clair pour les envoyer en déchetterie », précise Gaël Torlet, responsable de l’atelier de lavage. Sur chaque balle reçue par France Plastique recyclage, « on a en moyenne 32% du poids que l’on ne peut pas recycler », explique le directeur de l’entreprise. Ces erreurs sont ensuite envoyées vers d’autres secteurs de valorisation.

Du tri, du lavage et de la valorisation

Le P.E.T. clair est lavé et fondu avant d’être coupé en granules. © France plastique recyclage

Une fois le second tri effectué, les bouteilles sont découpées en paillettes et jetées dans des bains d’eau chaude et de détergent qui permettent de les nettoyer correctement. « Ces bains refont une nouvelle fois un tri et enlèvent ce qui n’est pas recyclable », explique Gaël Torlet, « le P.E.T. est plus dense, et donc coule. On récupère les paillettes au fond à l’aide d’une vis sans fin ». Les paillettes sont ensuite compressées et fondues pour donner une texture pâteuse qui sera rincée et coupée en fins granulés.

Après plusieurs contrôles en laboratoire, les granulés sont chauffés sous vide à plus de 200°C durant un minimum de sept heures. « Cela fait suer le plastique et lui retire tous les polluants, comme la création de certains gaz ou de bactéries. Le but c’est d’avoir un granulé propre afin de respecter les normes alimentaires », confie le responsable adjoint de l’atelier exclusion, Julien Seves. Au total, cinq contrôles qualité sont réalisés au long du processus : au moment des balles, de la création des paillettes, une fois lors de la création des granules et deux fois lorsque le produit recyclé sous forme de petites billes est créé.

Les granules de P.E.T. clair. © CD78/N.THEODET

Un recyclage vertueux pour la planète

Au plus court, une bouteille plastique peut redevenir une bouteille propre à la consommation en près de 10h. Ce procédé de « bottle to bottle » permet ainsi de régénérer la matière première et lui offrir un cycle de vie infini.

« Avec une tonne de bonnes bouteilles, on crée une tonne de granules », explique tout simplement Julien Seves. D’où l’importance de bien trier ses déchets.

« Si les gens veulent nous aider, il faut enlever les étiquettes. Elles sont faites avec de l’encre, des produits polluants pour nous », reprend Eric Labigne.

Chaque année, ce sont plusieurs milliards de bouteilles qui sont fabriquées en France. Si l’idéal pour la planète serait de limiter l’utilisation des bouteilles plastiques, bien trier et bien recycler permet dans un premier temps de limiter la quantité de pétrole utilisée pour la construction du P.E.T. clair. Un processus qui permet de faire de nos déchets, une nouvelle matière première.