Seniors : Vers un urbanisme adapté ?

SandrineGAYET

Afin de répondre aux besoins de déplacement des plus âgés, de plus en plus de communes mettent en place des politiques transversales, entre social, transport, logement…Dans les Yvelines, six communes (Condé-sur-Vesgre, Auffargis, Maule, Mantes-la-Jolie, Poissy et Saint-Germain-en-Laye) vont expérimenter une nouvelle méthodologie d’accompagnement des seniors.

Photo N.Duprey/CD78

Ne pas rester seul chez soi, c’est pouvoir continuer de sortir. Or, en moyenne, une personne âgée ne peut marcher que de 300 à 500 mètres avant de devoir faire une pause. Retirer un banc revient peut-être à empêcher quelqu’un de continuer à aller faire ses courses. C’est pour répondre à de telles problématiques que de plus en plus de communes dans les Yvelines imaginent leur aménagement urbain en fonction des seniors.

Penser la ville pour tous

Selon les sociologues du vieillissement, l’adaptation de la ville aux seniors implique une approche globale : présence de commerces dans un rayon de 300 mètres, des arrêts de transports en commun à moins de 150 mètres, des espaces verts, des bancs installés sur les cheminements, tous les 100 mètres environ et tous les 50 mètres le long d’un chemin pentu, enfin, un plus grand nombre de toilettes publiques. De fait, de tels aménagements profitent au plus grand nombre : personnes à mobilité réduite, seniors, femmes enceintes, familles avec enfants en bas-âge…

Selon Pierre-Olivier Lefebvre, délégué général du Réseau francophone des villes amies des aînés, quand on parle de mobilité, il faut penser rythmes différents :

« Il s’agit de considérer la fragilité des personnes âgées, avant même leur perte d’autonomie. Aujourd’hui, il y a deux, voire trois, générations chez les personnes à la retraite, le message ne peut pas être le même. Il faut donc former tous les acteurs, pas seulement les services chargés de la gérontologie.

La signalétique doit, par exemple, être adaptée : les lieux où l’on installe les panneaux, leur contraste… Les modifications de la vision doivent ainsi entrer en ligne de compte.

Adapter la voie publique

Un certain nombre d’éléments de l’environnement et du mobilier urbain contribuent également à faire des espaces publics des lieux fréquentés par les personnes âgées. Parmi les éléments centraux de l’appropriation des villes par les seniors, on retrouve : les trottoirs et les carrefours.
Les trottoirs représentent pour les personnes âgées un espace de rencontres, mais aussi de danger avec des risques de chutes… Différentes mesures peuvent en faire des espaces plus accessibles, comme l’installation de bateaux, qui facilitent la circulation des personnes en fauteuil roulant, voire l’utilisation de bitume à texture molle en prévention des chutes.
De même pour les carrefours et passages piétons : ils représentent un danger accru pour les seniors en perte de mobilité. Les plus de 65 ans représentent en effet 32% des piétons tués dans des accidents de la route (source : Prévention Routière). Des feux de circulation aux délais trop courts, par exemple, peuvent également représenter un obstacle non négligeable à l’appropriation de l’espace public par tous.

Vers plus de mobilité inclusive

Selon le Laboratoire de la Mobilité Inclusive (LMI), après 75 ans, le « rayon de vie » des aînés se trouve réduit de manière significative puisque de 17 km parcourus par jour, il passe à 8 km, augmentant en ce sens les risques d’isolement.

« Il n’est plus concevable que certaines catégories de la population se retrouvent en marge de notre société pour des questions de mobilité », déclarait Valérie Dreyfuss, Déléguée générale du LMI

lors des Rencontres de la mobilité inclusive organisées à la Cité internationale universitaire de Paris (février 2020).

En France, 5 millions de seniors affirment ne pas sortir de chez eux parfois pendant 24 heures d’affilée faute de moyens de locomotion, soit un Français sur quatre !

Selon la densité de population, les temps d’accès aux commerces, services et soins de première nécessité varient du simple au triple. Les seniors et les personnes en situation de handicap sont les premiers empêchés.

Le Département, « ami des aînés »

Le Conseil départemental a voté en novembre 2020, une aide à six communes représentatives de la diversité des territoires des Yvelines pour expérimenter une nouvelle méthodologie d’accompagnement des seniors. Condé-sur-Vesgre, Auffargis, Maule, Mantes-la-Jolie, Poissy et Saint-Germain-en-Laye vont en effet s’engager à consolider les besoins des plus de 65 ans et leurs attentes des collectivités, tout en anticipant le vieillissement de la population en proposant une offre adaptée aux enjeux sociaux.

Les Yvelines adhèrent ainsi au Réseau Francophone des Villes Amies des Aînés. Cette association développe la démarche initiée par le réseau Villes Amies des Aînés de l’OMS. Déjà mise en œuvre au sein des villes de Poissy (78) et de Sceaux (92), elle favorise la coordination d’une dynamique territoriale et une prise en compte globale du quotidien des plus âgés.

1 an pour tester la démarche  

Le Département se donne un an pour déterminer un modèle de soutien aux actions de prévention portées par les communes en direction des personnes âgées.
Pendant un an, les équipes départementales et celles des 6 communes participantes seront accompagnées par le Réseau Francophone des Villes Amies des Aînés.

Cette démarche, participative et transversale, s’articulera en 3 étapes :
• un état des lieux matérialisé par un portrait de territoire réalisé à l’échelle départementale et des communes,
• un diagnostic participatif réalisé avec les habitants,
• un plan d’action afin de définir une politique globale en direction des aînés.
Lors de l’état des lieux, 8 thématiques sont étudiées : autonomie services et soins, participation citoyenne, lien social, information et communication, culture et loisirs, mobilité et transport, habitat, environnement et cadre de ville.