Comment rompre l’isolement social des aînés ?

Lucie MARNAS

Un Français sur 10 serait en situation d’isolement selon la Fondation de France. Un chiffre en constante progression et qui atteint 30% pour les plus de 75 ans. Une situation critique qui nécessite de sortir des schémas classiques et de la jouer collectif, comme nous l’explique Guillaume Moissé, chargé d’animation de territoires au Réseau Francophone des Villes amies des aînés.

Cet article fait partie du dossier: Bien vieillir dans les Yvelines

Un Français sur 10 serait en situation d’isolement selon la Fondation de France. Un chiffre en constante progression et qui atteint 30% pour les plus de 75 ans. Une situation critique qui nécessite de sortir des schémas classiques et de la jouer collectif, comme nous l’explique Guillaume Moissé, chargé d’animation de territoires au Réseau Francophone des Villes amies des aînés.

Guillaume Moissé : « La lutte contre l’isolement social concerne tous les échelons d’une collectivité. Les services et les élus au logement, aux transports, aux sports… Pas seulement ceux que l’on dédie habituellement aux actions à destination des seniors ».

Dans le cadre de la démarche « Villes amies des aînés », qu’entend-on par lien social ?

C’est le vivre ensemble. Ce sont les attitudes et les comportements des autres habitants aussi envers les personnes âgées, l’intégration de celles-ci dans la société, le respect mutuel qui existe entre les générations. C’est un critère essentiel pour permettre à tous de vivre et vieillir ensemble dans de bonnes conditions. Cela englobe la lutte contre les discriminations liées à l’âge, la mise en œuvre d’actions intergénérationnelles ou encore la lutte contre l’isolement non choisi des aînés. L’objectif est de leur permettre de trouver une place qui leur convient dans la société, sans qu’ils se sentent exclus ou seuls.

Identifie-t-on des moments « clés » de rupture, qui peuvent aboutir à l’isolement social ?

Le passage à la retraite peut être une entrée dans une nouvelle vie. En fonction des personnes, de leur parcours, de la manière dont elles s’y sont préparées, il peut être vécu différemment. Il y a la retraite loisirs durant laquelle on fait des voyages, la retraite repos, la retraite bénévole… On le sait cependant, le nombre de contacts sociaux diminue avec l’âge : les contacts de travail en premier lieu, puis les contacts amicaux et les contacts familiaux. Dans certains cas, les liens deviennent extrêmement rares : c’est l’isolement non choisi.

Il y a des facteurs de risque : vivre seul, être malade ou en situation de handicap, être éloigné géographiquement des enfants… Il y a également un lien étroit entre l’isolement et la précarité. Plus on est pauvre, plus on a de risques d’être seul.

Quelles sont les conséquences de cet isolement social ?

Il y en a 3. La souffrance psychique tout d’abord et l’impact sur la santé mentale. Moins un individu a d’interactions, plus il a de risque de développer des troubles psychiques. La souffrance psycho-sociale, ensuite : on peut être affecté de ce manque d’interactions. On est plus âgé mais moins heureux et en moins bonne santé. Le soutien social est un facteur de protection et de bien-être. Et enfin les conséquences sanitaires : l’isolement social accroît, autant que le tabac, le risque de maladies cardio-vasculaires, d’insuffisance cardiaque, d’hypertension, de diabète… On est seul, on se néglige et on a aussi moins de personne autour de nous pour alerter. C’est un cercle vicieux.

A quel moment y a-t-il eu une prise de conscience collective de l’ampleur du phénomène ?

La canicule de 2003 a révélé un isolement total qui a conduit au décès de nombreuses personnes âgées. Mais malheureusement ce n’est pas épisodique, c’est chronique. Les plus de 75 ans sont structurellement plus exposés. Ils n’ont plus de travail, leurs cercles familiaux, amicaux sont restreints mécaniquement, et leur entourage aussi est âgé. La prise en compte très tardive du vieillissement de la population et des risques d’isolement s’explique probablement par le fait que la société valorise le modernisme, l’activité, le dynamisme, alors que dans l’inconscient collectif, la figure de la personne âgée renvoie à quelque chose de négatif en lien avec le déclin. Ces stéréotypes aboutissent à exclure les seniors de la société, à freiner leur intégration.

Désormais des dynamiques sont à l’œuvre…

Oui bien sûr, à tous les niveaux ! La famille, le voisinage, mais aussi les pouvoirs publics. La problématique de l’isolement des personnes âgées ne peut pas être renvoyée à la responsabilité individuelle. Ils ont un rôle à jouer en menant des actions de sensibilisation auprès des acteurs classiques du soutien à domicile mais aussi des acteurs de proximité comme les commerçants et les voisins, en faisant du repérage, comme du porte-à porte…. Ils doivent aussi, et c’est primordial, repenser l’aménagement du territoire et l’adaptation de l’environnement en amont.

Comment garantir leur réussite ?

L’essentiel est d’entrer dans une logique transversale : rompre avec une vision médico-centrée de prise en charge des seniors et inventer, avec eux et avec tous les acteurs concernés, des politiques publiques adaptées. Cela concerne tous les échelons d’une collectivité. Les services et les élus au logement, aux transports, aux sports… Pas seulement ceux que l’on dédie habituellement aux actions à destination des seniors. Il faut penser des solutions collectives allant du plus large au particulier, c’est-à-dire de l’environnement à l’individu, pour éviter de « fabriquer » des exclus de la vie sociale ordinaire et garantir aux personnes les plus fragiles la liberté d’être ou ne pas être avec les autres.

Si vous souhaitez contacter les acteurs de la démarche « politique globale vers les aînés » au sein du Département, une adresse  : vada78@yvelines.fr