« Il faut adapter les territoires au vieillissement »

Sandrine GAYET

Et non l’inverse. Comme l’explique Angélique Giacomini, Docteur en sociologie, déléguée générale adjointe en charge de la formation et de la recherche pour le Réseau francophone des Villes Amies des Aînés.

Cet article fait partie du dossier: Le Salon E-Tonomy, rendez-vous phare de l’innovation sociale

Et non l’inverse. Comme l’explique Angélique Giacomini, Docteur en sociologie, déléguée générale adjointe en charge de la formation et de la recherche pour le Réseau francophone des Villes Amies des Aînés.

Angélique Giacomini : « Le vieillissement de la population nous oblige à repenser les territoires. Cela impulse une dynamique qui fédère un grand nombre d’acteurs ».

Fait-il bon vieillir en France ?

Nous regardons toujours ce qu’il se passe ailleurs, notamment en Scandinavie ou au Québec en croyant que c’est toujours mieux là-bas. Or, oui, il faut le dire, les acteurs locaux engagés sur le front du vieillissement dans les territoires français font preuve d’une grande inventivité pour le bien-être des aînés. Notre richesse dans l’Hexagone, c’est que nous travaillons dans la proximité. Celle-ci permet d’être à jour des besoins et des envies des habitants âgés. La construction des politiques publiques peut alors s’appuyer sur cette connaissance. Grâce à cette proximité, on peut anticiper et mettre en place des dispositifs efficients et innovants.

Du point de vue sociologique, comment est vécu le vieillissement dans nos régions ?

Notre point fort, c’est l’engagement sincère des acteurs. Les métiers liés à l’âge sont trop souvent dévalorisés et perçus, il faut le dire, comme peu attractifs, principalement parce que le vieillissement est souvent perçu comme quelque chose de négatif et les aînés comme une catégorie « à part » et souvent peu considérée. Il y a encore du travail à faire et les territoires ont un rôle important à jouer pour transformer les représentations. Par exemple, le vieillissement ne doit plus être vu comme un « poids » pour la société mais être considéré comme une «chance », tant économique que sociétale. Il faut changer de paradigme. Pendant des décennies, nous avons fabriqué essentiellement des politiques d’assistance, plutôt exclusives. Aujourd’hui, nous transformons cette politique pour qu’elle devienne inclusive et transversale. On voit dans les collectivités se créer des conseils des seniors et des consultations publiques pour leur permettre de participer aux enjeux de la cité. Il faut avoir conscience de l’hétérogénéité de ce public, et bien avoir à l’esprit que 90% des plus de 60 ans sont autonomes. Le message est hélas encore trop souvent brouillé entre vieillissement, handicap et dépendance.

Parlez-nous de la démarche « Ville amie des aînés » qui essaime un peu partout dans le monde et se développe dans les Yvelines (Poissy) et les Hauts-de-Seine (Sceaux).

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) fédère plus de 500 villes à travers le monde afin d’améliorer le quotidien des personnes âgées. Toutes ces communes partagent une méthodologie et des initiatives pour tendre vers une ville plus inclusive. L’idée est d’adapter l’environnement au vieillissement en repensant l’aménagement urbain afin qu’il soit plus accueillant pour le plus grand nombre.

Par exemple, quand on décide de créer une piste cyclable ou une sente piétonne, on va éviter de la construire le long d’une voie rapide avec une circulation automobile dense car c’est très perturbant pour les publics plus lents ou plus fragiles. Construire pour tous, cela doit prendre en compte aussi bien les seniors que les jeunes enfants, les personnes malhabiles, celles de petite taille ou celles qui se déplacent avec difficulté. Les villes amies des aînés ont cette approche globale, en repensant à la fois le bâti, le mobilier urbain et son installation dans les lieux adéquats. On ne va pas implanter un banc ou une balançoire dans un lieu écrasé de soleil, non abrité. Les échanges de bonnes pratiques entre les villes du réseau permettent d’agir à bon escient sur tous les fronts : inclusion sociale, communication et information auprès des publics fléchés (écrire plus gros sur les étiquettes de prix ou les supports de communication par exemple), services de santé et culturels…

La dénomination « ville amie des aînés » ne brouille-t-elle pas le message en étant finalement exclusif ? 

Les termes anglophones de l’OMS sont en effet plus ouverts : « Age-friendly cities and communities». Cela permet d’inclure tous les âges, dans une dimension de parcours de vie. L’idée c’est quand même d’avoir une attention particulière pour les plus de 60 ans, sachant que travailler sur la qualité de vie des aînés, c’est favoriser un meilleur avenir pour tous.