Signaler par « tchat » une violence conjugale, sexuelle ou sexiste

Sandrine GAYET

Lancé à Guyancourt en 2018, le portail de signalement des violences sexuelles et sexistes permet aux victimes, et aux témoins, de se confier en ligne. Nous avions rencontré la commandante Sandrine Masson, cheffe de la Plateforme de Guyancourt.

Cet article fait partie du dossier: Violences intrafamiliales, qui contacter dans les Yvelines ?

Lancé à Guyancourt en 2018, le portail de signalement des violences sexuelles et sexistes permet aux victimes, et aux témoins, de se confier en ligne. Nous avions rencontré la commandante Sandrine Masson, cheffe de la Plateforme de Guyancourt.

Victimes ou témoins de violences sexuelles ou sexistes, vous pouvez libérer la parole sur la plateforme dédiée

5 000. C’est le nombre de signalements recueillis sur cette plateforme après 1 an d’activité entre 2018 et 2019. La plateforme de Guyancourt est une des deux ouvertes en France, l’autre étant à Rennes.

Tout l’enjeu de sa création est de libérer la parole des victimes mais aussi celle des témoins en leur offrant un lieu où l’anonymat est garanti et surtout où les démarches ne restent pas complètement inabouties. Beaucoup de victimes ne portent pas plainte, par peur le plus souvent.

1 victime sur 12 dépose plainte 

Service-public.fr/cmi : cet outil, très attendu par les associations qui œuvrent dans la lutte contre les violences faites aux femmes, c’est un tchat accessible via ordinateur, smartphone ou tablette, opérationnel 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 et autour duquel se relaient 16 policiers et une psychologue.

Ils prennent en charge, à distance, des victimes qui se connectent sur le site national service-public.fr/cmi. Il suffit juste d’entrer son code postal pour accéder au tchat.

L’enjeu d’une telle plateforme est d’amener les victimes à porter plainte : poser la parole pour qu’ensuite elle soit juridiquement qualifiée. Le passage par le tchat permet ainsi aux victimes de s’exprimer avant d’entreprendre les démarches physiques (commissariats, gendarmeries, hôpitaux…), toujours stressantes. Les agents du commissariat de Guyancourt les accompagnent dans ce sens.
Cette plateforme concerne les viols d’une personne majeure ou mineure, les agressions sexuelles, les violences conjugales et le harcèlement.

Des agents de police très bien formés

16 policiers (8 femmes et 8 hommes basés dans un bureau dédié du commissariat de Guyancourt) répondent aux tchats, écoutent et surtout, orientent les victimes.

Comme le précise la commandante Sandrine Masson, cheffe de la Plateforme, le personnel travaille par équipes de jour et de nuit. Certains agents viennent de police secours, d’autres de brigades de protection de la famille.

Les dégâts du confinement

Lors du confinement, en 2020, la commandante Sandrine Masson constatait

« la progression très importante du nombre de « chats » qui reflète une augmentation très significative des violences conjugales signalées par des voisins. Ces derniers, confinés chez eux entendaient leurs voisins crier et appeler au secours. Ainsi nous avions pu envoyer les patrouilles de Police sur site lors de ces confinements ».

Lorsque le service a été ouvert en novembre 2018,

« 30% des faits qui nous étaient remontés étaient des violences conjugales et ce pourcentage est monté, durant le confinement, à environ 80%. Cette augmentation est en étroite corrélation avec le nombre de « chats » de signalement qui a été multiplié par cinq.

Depuis on constate une diminution de ces signalements toutefois nous pouvons dire que sur l’année 2021, nous avons eu plus de 10 000 « chats ».

C’est donc une augmentation constante du nombre de signalements, notamment de témoins, mais également beaucoup d’hommes qui nous contactent en nous disant être victimes de violences conjugales.

67% des déclarations sont anonymes

Sandrine Masson a bien insisté sur le rôle de cette plateforme dans la gestion des urgences. Quand les policiers prennent en charge une victime lors d’un tchat, ils transmettent la conversation au service territorial compétent (d’où la demande du code postal). Actuellement, la durée moyenne des tchats est de 54 minutes.

Elément majeur de ce dispositif : l’anonymat des victimes est préservé : les personnes -victimes ou témoins – peuvent rester anonymes « jusqu’au bout du tchat ou donner leur nom et prénom pour que nous puissions prendre un rendez-vous pour elles dans un commissariat de police », précise la commandante Sandrine Masson.

Important : Cette plateforme vient en complément de tous les autres services disponibles : le 3919 (violences contre les femmes), le 17 (police-secours) et pour l’enfance en danger, le 119 !