Alex Portal : « Je ne me suis jamais mis de limite »

Nicolas Théodet

Alex Portal est un nageur de haut niveau. Une fois dans l’eau, ni lui ni ses entraîneurs ne perçoivent son handicap visuel. Un talent forgé par le travail qui lui a permis de monter deux fois sur le podium à Tokyo.   « J’ai parfois quelques problèmes dans les virages. Mais bon, ça fait 14 ans […]

Cet article fait partie du dossier: Paris 2024 : le monde olympique a rendez-vous dans les Yvelines

Alex Portal est un nageur de haut niveau. Une fois dans l’eau, ni lui ni ses entraîneurs ne perçoivent son handicap visuel. Un talent forgé par le travail qui lui a permis de monter deux fois sur le podium à Tokyo.  

Alex Portal se sent dans son élément dans les bassins.

« J’ai parfois quelques problèmes dans les virages. Mais bon, ça fait 14 ans que je nage. J’ai mes repères et ça devient intuitif ».  S’il aligne les longueurs de bassin dans la piscine de Saint-Germain-en-Laye depuis 14 ans, Alex Portal n’est pas un nageur comme les autres. Il est médaillé paralympique. À seulement 19 ans, il est déjà monté deux fois sur le podium.

Pourtant, « Tokyo, c’est un mélange de beaucoup d’émotions. C’est à la fois bizarre d’avoir vécu ce rêve et en même temps, avoir un sentiment d’inachevé », analyse le nageur.

 Il n’hésite pas à tourner la page et se projeter, vers Paris 2024. « À un moment il faut aller chercher le titre », s’amuse-t-il. Un nouveau challenge pour l’athlète qui franchit les paliers à chaque moment de sa vie comme des défis.

Pas d’handicap aux bords de la piscine

Le nageur et sa médaille d’argent de Tokyo au 200m 4 nages. © G.Picout

À la piscine, il nage avec les valides, mais Alex est bel et bien un athlète paralympique. « Je suis atteint d’albinisme oculaire. Je suis aussi touché par un nystagmus », explique-t-il. Le premier handicap réduit sa vision. Il a moins d’un dixième à chaque œil. Le second handicap cause des mouvements rythmiques des yeux. Il ne peut ainsi pas fixer un objet et ne perçoit pas la 3D. Un handicap qu’il a appris à dompter dès ses 5 ans, dans les bassins de natation.

« Quand j’étais petit, je voulais aller nager. Donc je ne me suis jamais mis de limite par rapport à ça », analyse le nageur du CNO Saint-Germain.

Ses coachs non plus n’ont pas perçu cela comme un handicap. « Ils se sont adaptés naturellement. Ils me faisaient sortir de l’eau pour me montrer les exercices ou rester très proches de moi », explique Alex, « techniquement, le coaching ne diffère. On travaille juste un peu plus pour corriger mes défauts ». Directement intégré au sein de l’équipe, Alex nage depuis tout petit avec les valides.

D’ailleurs, « dans l’eau, je suis à l’égal de n’importe qui ».

De l’eau des bassins aux bancs de l’université

Alex en bronze pour le 400m nage libre. © G.Picout

S’il se sent à l’aise dans les bassins, c’est aussi que ce milieu lui permet de couper avec un quotidien plus compliqué. « Je ne peux avoir de permis de conduire. Dans les gares et les aéroports c’est compliqué de me déplacer. J’ai de gros freins dans ma mobilité quotidienne », explique le sportif.

Pourtant, ses journées sont bien chargées. Dès 6h, Alex plonge, avant de partir à 8h30 pour ses cours à l’université de Cergy-Pontoise. Il y suit une prépa universitaire en Physique-Chimie pour lui permettre d’intégrer une école d’ingénieur. En deuxième année de licence, il tente de réussir son diplôme en trois ans.

Alex Portal est entré dans une autre dimension 

« C’est un sacré tremplin quand même gagner des médailles aux Jeux », rigole-t-il. Depuis Londres 2012, le parasport se développe et prend la voie du professionnalisme.

« Il y a de plus en plus de médias, et de sponsors. On rentre dans une autre dimension. En équipe de France, on s’entraine tout autant que les valides », confie Alex.

Et c’est là tout l’enjeux. « Le niveau progresse, il y a du challenge, c’est ce que l’on souhaite en tant que compétiteur », ajoute-t-il.  Mais le chemin reste encore long, et malgré les évolutions l’accès à un public plus large reste limité. « J’ai cette chance de m’entrainer avec les valides, mais pour certains c’est impossible. Ils n’ont pas accès aux bassins quand ils veulent, ils n’ont pas de groupes de natation avec que des handisports. Il y a des choses à améliorer et le tremplin passe par la dimension médiatique », conclut le jeune homme.

Retrouvez l’article sur le magazine du Conseil départemental.