Les fontainiers, magiciens des Grandes Eaux de Versailles

SandrineGAYET

Les fontainiers d’art ont traversé trois siècles. Il en reste à peine dix en France. Ils sont les « invisibles » qui assurent la maintenance des réseaux d’eau dont une partie date encore de l’époque de Louis XIV. Leur métier marie savoir-faire ancestral et usage de technologies de pointe. Grâce à eux, la magie des Grandes Eaux opère toujours. Rencontre avec Jean-Luc Renard, fontainier d’art.

Bassin du Roi au Grand Trianon. Intervention sur une canalisation en plomb d’époque, en combinaison de sécurité. Photo : Nicolas Duprey/CD78

Les merveilleux spectacles des Grandes Eaux du château de Versailles redémarrent pour une saison*.
Mais qui se cache derrière cette féerie ? Comment l’eau est-elle amenée ? Comment fonctionnent les fontaines ?

Héritiers de la dynastie Francine

Les fontainiers d’art se rencontrent aujourd’hui, uniquement au château de Versailles, de Marly et de Saint-Cloud. Leur savoir-faire, unique, les conduit à donner des conférences, comme récemment en Belgique.

« Il n’existe aucune école ni formation spécifique. Tout s’acquiert sur le terrain, auprès des anciens », explique Jean-Luc Renard, fontainier d’art.

« Il est difficile de recruter une nouvelle génération car le métier est peu connu ».

Ils sont pourtant les héritiers des Francine, qui furent de 1623 à 1784, intendants des fontaines royales. Cette famille toscane a par exemple créé le système hydraulique des jardins du château de Versailles. Ils se succédèrent de père en fils auprès d’Henri IV à Louis XV.

« On passe le flambeau »

Jean-Luc, 58 ans, est un « passeur de flambeau » comme il se décrit lui-même. Il transmet son savoir-faire à des jeunes comme Maxime, Jean-Pierre ou Séraphin.
Passionnés par l’histoire des eaux du château de Versailles, par l’ingéniosité du système hydraulique, cette nouvelle génération de fontainiers souhaite perpétuer le travail des ancêtres.

Ces hommes de l’art veillent au bon fonctionnement des infrastructures. Ils assurent l’écoulement des eaux, l’entretien et la restauration des canalisations en plomb qui datent pour la plupart, de Louis XIV.

Jean-Luc Renard, fontainier d’art nous dévoile les dessous du bassin du Trèfle. Avec ses confrères, ils gèrent 80 vannes, veillent sur 35 kilomètres de canalisation qui alimentent les bassins et fontaines du château. Photo : Nicolas Duprey/CD78

Soudure à la louche comme au 17ème siècle

A l’entrée de l’hiver, ils préparent la mise en sommeil des bassins et fontaines : ils mettent hors gel toutes les canalisations souterraines. Ils graissent les 80 vannes, nettoient les bassins, restaurent le cuivre et le plomb avant leur réveil au printemps. Ils utilisent des techniques anciennes comme la soudure à la louche utilisée au 17e siècle.

« Cette pratique est spécifique au château de Versailles. Elle consiste à chauffer l’étain à plus de 300° avant de le verser sur les canalisations à souder à l’aide d’une louche », détaille avec passion Maxime, un des jeunes fontainiers d’art.

Découvrez ici les coulisses de leur travail exceptionnel.

D’où vient l’eau ?

Dès la création des jardins, la question de l’approvisionnement en eau est un casse-tête : le palais est bâti sur un terrain marécageux, loin de toute rivière ou fleuve et à plus de 100 mètres au-dessus de la Seine, distante de plusieurs kilomètres… Alors, d’où vient l’eau ? Il y eut la création de la Rivière du Roi Soleil dont l’histoire est retracée ici.

Le cheminement de l’eau se fait toujours comme à l’époque de Louis XIV, avec la force gravitaire.

L’eau est entreposée dans des bassins en hauteur et rejoint progressivement le Grand Canal, en passant par des fontaines d’où elle jaillira grâce à cette même force gravitaire. Dans le même temps, des pompes modernes sont là pour « boucler la boucle » de ce circuit fermé : elles refoulent l’eau du Grand Canal vers le réservoir de Montbauron, d’où elle s’écoulera à nouveau progressivement.

Quand l’heure du spectacle des Grandes Eaux arrive, du Bosquet de la Salle de Bal jusqu’au Bassin de Neptune, les fontainiers, munis de clés lyre, vont exécuter le même geste : l’ouverture des vannes qui doit être synchro avec la musique.

« Il faut bien gérer l’écoulement de l’eau. Tenir compte de la météo pour réguler le flux. Tout cela est minutieux. Et quand on entend les exclamations de joie des spectateurs, on est heureux ».

Une chorégraphie rodée depuis plus de 300 ans et dont la magie opère toujours.

Assister aux Grandes Eaux

Jusqu’au 31 octobre 2021, profitez des Grandes Eaux Musicales et des Jardins Musicaux dans les jardins, et les bosquets ouverts pour l’occasion. Tous les samedis soir du 12 juin au 18 septembre, et le mercredi 14 juillet découvrez les jardins en soirée avec les Grandes Eaux Nocturnes. Il est recommandé d’acheter son billet à l’avance en ligne pour éviter les files en caisse.

Zoom 

Le château de Versailles, ce sont :

  • 55 fontaines et bassins
  • 600 jeux d’eau
  • 35 km de canalisations
  • 3500 m3 consommés par heure, en circuit fermé, pour les Grandes Eaux