Sandra Lavantureux : « l’Aide sociale à l’enfance poursuit ses missions »

Sandrine GAYET

Nous vivons une crise exceptionnelle. Beaucoup de Français réalisent combien le service public est précieux dans de tels moments. C’est pour nous aussi un défi majeur : assurer la continuité dans un monde au ralenti. Sandra Lavantureux, directrice de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Conseil départemental des Yvelines détaille les mesures mises en place pour […]

Cet article fait partie du dossier: Protection de l’enfance

Nous vivons une crise exceptionnelle. Beaucoup de Français réalisent combien le service public est précieux dans de tels moments. C’est pour nous aussi un défi majeur : assurer la continuité dans un monde au ralenti. Sandra Lavantureux, directrice de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Conseil départemental des Yvelines détaille les mesures mises en place pour continuer de protéger les enfants de l’ASE. (Interview réalisée pendant le confinement)

Sandra Lavantureux, directrice de l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du Conseil départemental des Yvelines

Comment avez-vous vécu, à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) les annonces de confinement ? 

Sandra Lavantureux : A l’ASE, il a s’agit d’assurer la continuité de la mise en sécurité et de la prise en charge des jeunes qui nous sont confiés. Nous avons vécu ce moment dans une certaine intensité, laquelle est à mettre en relation avec le niveau de responsabilité qui est le nôtre. Le dispositif de protection de l’enfance repose sur des agents des territoires qui évaluent et garantissent le parcours des jeunes et sur les professionnels des associations habilitées qui prennent en charge leur quotidien. Nous avons immédiatement compris l’urgence de maintenir un nombre suffisant de professionnels en postes, à toutes les étapes du dispositif, pour garantir la sécurisation de notre mission de protection. Ce challenge, nous l’avons relevé ensemble en moins d’une semaine, dès avant que les consignes gouvernementales ne se déploient. Les associations qui concourent à la protection de l’enfance yvelinoise sont les premières à témoigner de la manière dont notre département s’est distingué sur la scène nationale en organisant un modèle solidaire qui préserve la mission, les enfants et les familles qui en bénéficient.

Comment avez-vous réorganisé le service à la Maison de l’Enfance Yvelinoise en charge de l’accueil en urgence et dans les foyers qui accueillent les jeunes confiés à l’ASE ?

 SL : La Maison de l’Enfance Yvelinoise, en charge de l’accueil en urgence, a vu, comme les autres établissements, son personnel très sérieusement impacté par la crise sanitaire. Il était impératif de compenser ce déficit d’encadrement pour assurer la sécurité des enfants et le maintien d’un accompagnement de qualité. C’est ce que nous avons fait en nous appuyant sur l’engagement exemplaire des agents des territoires d’action sociale qui se sont massivement portés volontaires aux fins de renforcer l’encadrement disponible au sein des associations. A cette heure, plus de 50 professionnels du département vont rejoindre les établissements de l’enfance pour leur apporter un soutien indispensable, tandis que 50 autres constituent dès à présent la relève pour les semaines à venir.

Les familles doivent se confiner. Que se passe-t-il quand celles-ci sont défaillantes ou quand l’enfant a été retiré par la justice ? 

 SL : Certains enfants font effectivement l’objet d’une mesure de protection à domicile. Dans ce cas, les services en charge d’exercer cet accompagnement éducatif restent en vigilance quant à la situation de l’enfant en maintenant un contact soutenu, y compris dans le cadre de présences à domicile. Les mesures barrières sont alors mises en place avec la plus grande vigilance dans l’intérêt de tous. Concernant les enfants confiés au Département et pris en charge au sein des établissements, nous assurons la continuité des liens avec leur famille en adaptant les modalités dans l’intérêt des enfants. Les parents ont la possibilité de prendre des nouvelles de leur enfant, aussi souvent qu’ils le souhaitent, des échanges libres ou accompagnés sont possibles via Skype par exemple. Nous déployons par ailleurs les moyens nécessaires à la poursuite de la scolarité pour ces jeunes qui vont dans les jours à venir disposer de tablettes numériques munies de contenus pédagogiques. Ils seront accompagnés dans la poursuite de leurs apprentissages et bénéficieront de propositions socio-culturelles indispensables dans ce temps de confinement.

Craignez-vous une recrudescence de maltraitances due au confinement (risques alcool, dépression…) ? Comment anticipez-vous   ? Qui contacter, hormis le 119 ?

 SL : Le confinement constitue un risque d’exacerbation des tensions intrafamiliales. C’est pourquoi nos travailleurs sociaux multiplient les contacts auprès des familles les plus vulnérables et n’hésitent pas à se rendre au domicile lorsque les difficultés semblent se cristalliser. Par ailleurs, pendant la période de confinement, le dispositif dédié au repérage de l’enfance en danger continue de fonctionner avec le même niveau de vigilance. Les appels passés au 119 sont relayés auprès de la Cellule Centralisée d’Informations Préoccupante qui reçoit également en direct toutes ces informations préoccupantes. Elle continue de diligenter des évaluations sur les territoires et de saisir le parquet en assistance éducative s’il y a lieu.

Nos travailleurs sociaux sont-ils encore sur le terrain ? Quelles mesures sont mises en place pour eux/elles ? Pour leurs propres enfants ?

 SL : Comme je l’évoquais, nombreux sont les travailleurs sociaux engagés sur le terrain. Ils sont à présent reconnus comme des professionnels de premier niveau, à l’instar des personnels soignants, et sont autorisés à circuler pour mener à bien leur mission sur les territoires, auprès des familles et des enfants. Le département a organisé un dispositif de garde afin d’assurer l’accueil des enfants de ces professionnels.

Observez-vous sur le terrain l’émergence de nouvelles solidarités ? 

 SL : Absolument. Les mouvements de solidarités sont partout. En quelques heures, j’ai vu la direction de l’enfance se mettre en ordre de marche pour répondre à l’urgence. Les professionnels des territoires se sont portés volontaires pour de nouvelles missions. Les établissements se sont massivement réorganisés pour assurer la continuité de service. Des volontaires se sont fait connaître de partout. De nouveaux circuits de communications se sont mis en place, témoignant d’une dynamique où l’intelligence collective fait légion. Nous traversons une époque singulière qui sera aussi une expérience apprenante au bénéfice des jeunes que nous continuons d’accompagner au mieux vers une vie d’adulte autonome.