Berthe Morisot : libre et impressionniste

ChloëBringuier

Parmi les peintres impressionnistes il y avait une femme : Berthe Morisot. Très célèbre à l’étranger mais beaucoup moins en France, son pays d’origine, Berthe Morisot fut l’une des pionnières du mouvement impressionniste. Retour sur l’itinéraire d’une femme qui, malgré son genre, a réussi à peindre et vivre librement. 

Berthe Morisot, Après le déjeuner, 1881 – Huile sur toile – 81 x 100 cm © Wikimédia

Tous les impressionnistes n’étaient pas des hommes. Il est d’usage de parler de ce mouvement au masculin, mais l’on oublie souvent que l’une des pionnières était une femme : Berthe Morisot. Élevée dans une famille aisée, Morisot s’est très tôt intéressée au dessin, tout en s’éloignant de l’enseignement académique. L’artiste peint beaucoup, si bien qu’à la fin de sa -courte- vie, elle laissera environ 800 oeuvres derrière elle. Berthe Morisot se fait sa place et devient respectée et admirée par ses camarades tels Monet, Degas, Renoir ou encore Mallarmé.

En 1874, Morisot délaisse le Salon Officiel pour rejoindre les Indépendants qui deviendront par la suite les Impressionnistes. Elle exposera ses oeuvres à 7 des 8 expositions impressionnistes. Elle est très proche de son beau-frère, Édouard Manet. Cependant, il n’était pas son maître ou son guide, bien au contraire : c’est elle qui l’encourage à peindre à l’extérieur, en plein-air, mais aussi à égayer sa palette. Berthe Morisot est une femme libre et indépendante, elle mènera de front son travail d’artiste reconnue ainsi que sa vie de famille dans la France du 19ème siècle. Berthe Morisot a beaucoup souffert de la comparaison de son travail à celui des hommes, non pas pour ses qualités plastiques, mais parce qu’elle avait l’audace d’être une femme.

Berthe Morisot, Le Cerisier, 1891 – Huile sur toile – 154 x 80 cm © Wikimédia

Son style est très reconnaissable, elle manie la peinture à l’huile comme on peint à l’aquarelle. La transparence et la douceur de ses tableaux sont reconnaissables en un coup d’oeil.

À seulement 54 ans, alors qu’elle vit seule avec son enfant depuis la mort de son mari en 1892, Berthe Morisot contracte une pneumonie et meurt prématurément. Elle lègue la plupart de ses oeuvres à ses amis. Malgré son travail et la reconnaissance, la liste « profession » de son certificat de décès reste vide.

Durant de nombreuses décennies, Berthe Morisot tombe dans l’oubli, on ne parle plus d’elle ni de son oeuvre. Elle est pourtant née la même année que Renoir, mais sa mort subite lui a laissé moins de temps que ses camarades impressionnistes pour mener à bien son oeuvre. Les oeuvres de Morisot sont pourtant toujours accrochées aux murs : elle était présente dans toutes les expositions, mais jamais seule, jamais dans la lumière. Depuis les années 2000, Berthe Morisot est revenue sur le devant de la scène. En 2012, le musée Marmottan à Paris, grand lieu de rendez-vous impressionniste, lui consacre une rétrospective avec plus de 150 oeuvres : c’est un franc succès.

Un an plus tard, en 2013, Berthe Morisot décroche un record : son tableau « Après le déjeuner » est vendu 10,9 millions de dollars. Cela fait d’elle la première artiste femme la plus chère aux enchères. Aujourd’hui encore elle reste dans le classement qu’elle partage notamment avec la plasticienne française Louise Bourgeois, ou encore la peinture américaine Georgia O’Keeffe.

Le village de Maurecourt

À l’instar du peintre américain Mary Cassatt, Berthe Morisot peint de nombreuses scènes familiales, portraits de femmes et enfants. Les beaux-parents de sa soeur Edma, possédaient une maison à Maurecourt, à côté de Conflans-Sainte-Honorine. Elle y effectue de nombreux séjours, de 1869 à 1884, et y réalise une quinzaine de toiles, parmi lesquelles : « La chasse aux papillons », « Cache-cache », « Le village de Maurecourt », « Dans le jardin de Maurecourt », « L’Oise à Maurecourt »…

En 1890, elle s’installe avec son mari, Eugène, à Mézy, dans la maison Blotière, 36 rue Haute, qui domine la Seine. Elle aménage un atelier dans le grenier et réalise à Mézy 52 oeuvres, paysages et portraits où elle fait poser les enfants du village. Le tableau le plus célèbre de cet ensemble est « Le Cerisier », peint en 1891.