Les frères Pathé à Chatou, capitale du phonographe

Larédaction

Grâce aux frères Charles et Émile Pathé, la ville de Chatou fut à la fois le berceau de l’industrie phonographique française en 1898 et celui du microsillon en Europe en 1951.

Une affaire familiale

Les frères Pathé caricaturés par Adrien Barrère

Né de parents alsaciens dans une famille nombreuse, Charles Pathé découvre le phonographe Edison en 1894, à la foire de Vincennes. Immédiatement conquis par cet appareil, il en acquiert un pour faire lui-même des démonstrations dans les foires. En 1896, devant le succès rencontré il décide avec ses trois frères d’ouvrir un magasin de vente de gramophones en faisant venir d’Angleterre ; machines, moteurs et cylindres vierges. Ils mettent leurs économies en commun (8 000 francs chacun) mais deux de ses frères abandonnent rapidement. Charles et Émile, de leur côté, vont promouvoir la société destinée à devenir la plus grosse entreprise de phonographie, puis de cinéma du monde avec Gaumont : la société Pathé frères. C’est le point de départ d’une longue aventure cinématographique dont l’illustration symbolique, le coq gaulois, rappelle la fierté de tout un pays dont ils affirment le renom.

Du son à l’image

En 1898, grâce à l’aide d’un investisseur lyonnais audacieux, Claude Grivolas, les frères Pathé créent une société anonyme et achètent des terrains Boulevard de la République à Chatou pour construire leur première usine de fabrication de matériel phonographique. Mais Charles Pathé qui a découvert à Londres le kinétoscope, un nouvel appareil permettant de visualiser des photographies animées, décide d’étendre les activités de la société à la fabrication de matériel pour le cinéma. La société est rebaptisée « Compagnie générale de Cinématographes, Phonographes et Pellicules« . Émile Pathé devient le dirigeant de l’industrie phonographique et Charles anime la branche cinématographique.

L’âge d’or du phonographe

Phonographe des Frères Pathé © Wikipédia

En 1900, 200 phonographes et 5000 cylindres sortent quotidiennement de l’usine de Chatou. Avant la Première Guerre mondiale, 70% des films à l’échelle internationale sont produits par les usines Pathé. En 1919, la branche phonographique de est séparée de la société historique, donnant naissance à la « Compagnie générale des Machines Parlantes Pathé frères« . En 1928, celle-ci est rachetée par les firmes anglaises Columbia et His Master’s Voice (La Voix de son Maître). C’est à cette occasion qu’est édifiée, entre 1929 et 1931, une nouvelle usine en béton armé, toujours à Chatou, rue Centrale (renommée rue Émile Pathé depuis 1937). Dessinées par les plus grands architectes anglais de l’Art Déco, Wallis, Gilbert and Partners, l’usine s’attirera une réputation internationale produisant bientôt des millions de disques vinyles, 78 tours d’abord, 45 tours à partir de 1951 puis des 33 tours et des « musicassettes » alors que le reste du site continuera à produire gramophones, TSF et enfin, téléviseurs après 1946.

Les grands noms de la musique à Chatou

Le 12 décembre 1936 sont fondées les Industries Musicales et Electriques (IME) Pathé-Marconi, dont Émile Pathé devient le premier Président jusqu’à sa disparition, le 14 avril 1937. Dans les années 1945-1955 la production des IME Pathé-Marconi de Chatou recouvre les labels Pathé, La Voix de son maître, Columbia, Odéon, Capitol, Métro-Goldwyn-Meyer, Cetrasoria, Témoignages, Pathé-Vox et Swing. Les enregistrements des meilleurs artistes de variétés, de Franck Sinatra à Édith Piaf et Charles Trenet, Luis Mariano, Gilbert Bécaud, Charles Aznavour ou encore Les Beatles, et les plus grands chefs d’orchestres classiques du XXe siècle, de Toscanini à Klemperer, ont ainsi été produits à Chatou.

Charles Pathé se retire des affaires à la fin des années 1920 pour s’installer à Monaco : il y décède en 1957 à l’âge de 93 ans. Délocalisée en Allemagne en 1992, l’usine a été démolie en 2004 pour laisser place à un projet immobilier.

L’entrée principale de l’usine des Phonographes à Chatou, carte postale (Archives des Yvelines, 3 Fi 53 73)