À la demande de Colbert, des chênes et des châtaigniers ont été plantés dans notre territoire pour fournir en bois la construction des bateaux de la Marine royale. Aujourd’hui, ces « arbres remarquables », seigneurs de la forêt, ont plus de 300 ans. Nombreux dans les Espaces Naturels Sensibles du département, ils ont été témoins des guerres mais aussi des évolutions de la sylviculture et des paysages yvelinois. En vous promenant dans nos forêts, vous pourrez percevoir dans ce patrimoine naturel exceptionnel des pans de la grande histoire de France et des Yvelines.
Dans la forêt départementale de Sainte-Apolline se dresse un chêne de près de 350 ans. Il a été planté à l’époque de Louis XIV, sur ordre du Comte de Pontchartrain, alors ministre de la Marine, pour fournir du bois destiné à la construction des navires de guerre.
Seul arbre survivant de cette plantation, une légende locale raconte qu’il aurait grandi sur l’ancien cimetière des moines de l’abbaye, ce qui expliquerait sa vigueur exceptionnelle!
Ce chêne, seigneur de la forêt, n’est pas le seul arbre remarquable. Ils sont nombreux dans les Espaces Naturels Sensibles gérés par le Département des Yvelines.
Du haut de leurs faîtes, ils ont assisté aux chasses à courre royales, leurs écorces ont été blessées durant les batailles et les tempêtes. Les grands arbres ont vu évoluer l’homme et ses techniques d’exploitation forestière. Et à chaque saison, ils protègent une riche biodiversité. Ces chênes et châtaigniers sont plus vieux que la forêt qui les entoure.

Chasse à courre, forêt de Rambouillet/archives
Les arbres remarquables sont des colosses aux pieds d’argile. Ils sont en effet fragiles malgré leur âge. Ils sont habitués à un écosystème, à un certain niveau de lumière et d’ombrage. Le modifier, c’est les mettre en danger.
Comment reconnaître un arbre remarquable ?
Pour dire d’un arbre qu’il s’agit d’un arbre remarquable, il existe trois critères. Il peut s’agir d’un arbre de dimension plus importante que la normale avec une tête épanouie. Des arbres sont aussi classés pour leur essence particulièrement rare. Et puis bien sûr, il y a ceux qui racontent une histoire. Qui ont un intérêt patrimonial. Afin d’être facilement identifiables comme arbres à préserver, ils sont marqués d’un triangle couleur chamois (beige) avec un point en son centre. Cette marque atteste de l’importance de l’arbre pour la biodiversité du site.
Du bois pour la Marine royale
Dès le XVIIe siècle, de grands travaux de boisement ont été menés en France et dans notre territoire. Ils avaient comme objectif économique d’alimenter la Marine en bois de qualité. C’est l’ordonnance de Colbert de 1669 qui a impulsé cette nouvelle économie.
« Un navire de guerre est une forêt sur l’eau » : pour un vaisseau de 74 canons (60 m de long), il est nécessaire d’abattre 2 500 vieux chênes. La campagne de boisement a donc tourné à plein régime !
De l’arbre abattu à son transport puis à son stockage et son façonnage dans les arsenaux, les étapes sont diverses et prépondérantes pour la construction navale. Le renouvellement de la flotte suppose donc une gestion soignée des forêts et un entretien des voies de communication. L’ordonnance royale de 1669 contenant « les lois forestières de France », réorganise l’administration et le domaine royal ainsi que les droits et devoirs des domaines seigneuriaux et de l’Église. Le texte instaure le marquage des arbres réservés à la Marine dans toutes les forêts de France. Le chêne représente 90 % des besoins en bois, pour la coque des navires. Les mâts sont en pin ou en sapin, essences choisies pour leur légèreté et leur élasticité.
Le saviez-vous ?
Le Département des Yvelines n’existe que depuis 1964. Pourtant, l’origine de son nom est très ancienne. Il provient du pays d’Iveline qui vient lui-même du latin Silva Aequilina (silva signifie forêt), et dont la première mention écrite date de 768. Dans ce texte, Pépin le Bref, roi des Francs de 751 à 768, fait donation de la forêt aux Abbayes de Saint-Denis et de Saint-Benoît-sur-Loire. De ce vaste territoire forestier, il ne subsiste aujourd’hui que le massif de Rambouillet.
Guerre de 14-18 : la forêt yvelinoise témoin de premier plan
Les guerres ont été le troisième principal facteur de déboisement au cours de l’Histoire, derrière la surpopulation rurale et l’industrie. Pour construire les tranchées ou encore les avions utilisés pendant la Première Guerre mondiale, les Français ont surconsommé la forêt.
Dans les Yvelines, dès le début de la Première Guerre mondiale, le général Gallieni mobilise 210 000 hommes. Ils aménagent un immense réseau de 350 km de tranchées et fils de fer barbelés. Des centaines d’abris pour l’infanterie, des batteries de quatre à six canons et des dépôts de munitions sont construits.
Si une grande partie de ces bâtiments ont été démontés dès 1916, il en reste encore des traces, comme dans la forêt des Tailles d’Herbelay. Le Département des Yvelines a installé des panneaux qui expliquent aux promeneurs le rôle historique des lieux.
Les chênes remarquables en forêt de Méridon
Propriété du Département des Yvelines, la forêt de Méridon se trouve sur un ancien domaine comprenant le bois et le château de Méridon, ayant appartenu à la famille Breteuil dans la première partie du XXème siècle.
D’une superficie de 191 hectares, la forêt s’étend sur le coteau sud de l’Yvette et une partie du plateau de Limours, dominant ainsi la vallée de Chevreuse.
Un vaste réseau de chemins vous permettra de découvrir quelques points de vue sur la vallée, le château de la Madeleine, le château de Méridon et le plateau agricole.
Cet écrin de verdure abrite des arbres remarquables. Autre particularité, au cœur de la forêt, une clairière où l’on peut observer l’affleurement de gros blocs de grès. Cette clairière témoigne de la présence d’une ancienne carrière, encore exploitée au début du XXème siècle. Aujourd’hui, le site abrite des espèces rares en Ile-de-France, comme le criquet des pins.
