Les commémorations du 8 mai 1945 (victoire des forces alliées et fin de la Seconde Guerre mondiale) débutent par des cérémonies devant chaque monument aux morts. Des lieux du souvenir, de la mémoire où l’on rend hommage à ceux qui ont perdu la vie pour notre liberté. Ces monuments, dans les Yvelines, ont vu le jour dès 1915.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l’ensemble du pays, traumatisé par l’importance des pertes, ressent le besoin de rendre hommage aux 1,4 million de soldats tués.
Par la loi du 25 octobre 1919, l’Etat prévoyait de faire réaliser un mémorial des morts pour la France sous la forme de registres déposés au Panthéon d’une part et, d’autre part, sous forme d’un livre d’or recensant les morts nés ou domiciliés dans chaque commune et déposé dans les archives municipales. l’Etat accordera même des subventions aux communes, « en proportion de l’effort et des sacrifices qu’elles feront en vue de glorifier les héros morts pour la patrie« .
Très rapidement, la construction d’un monument aux morts de chaque commune s’impose partout comme la forme d’hommage la mieux appropriée.
Il en « fleuri » 36 000 en France. Dans les Yvelines, on compte 263 monuments de ce type.
Partout dans les Yvelines, les associations d’anciens combattants veillent sur les monuments aux morts et en assurent parfois l’entretien avec les employés communaux. Pour les sites nécessitant une restauration plus importante, les communes peuvent faire appel à des subventions.
Dès 1915 dans les Yvelines
Dans notre département, les plus anciennes décisions de bâtir des monuments aux morts datent de 1915. Elles ont été prises par les conseils municipaux de Chambourcy et du Pecq, les deux premières communes à avoir voté la construction d’un site à la mémoire de leurs habitants morts pour la France. Mais, si la vague de constructions débute dès la paix retrouvée, elle connaît son maximum entre 1920 et 1922.
Six communes yvelinoises avaient choisi de ne pas édifier de monument sur leur propre territoire mais se sont associées à une autre commune. Il s’agit de Rocquencourt qui s’est associé avec Le Chesnay, La Verrière avec Le Mesnil St Denis, Le Tartre Gaudran et Grandchamp avec La Hauteville, Toussus-le-Noble avec Chateaufort, Ménerville avec Boissy-Mauvoisin.
D’autres communes ont deux monuments, soit parce qu’il a été choisi d’en édifier un sur la place publique et un autre au cimetière (Les Mureaux, Maule, Louveciennes, Andrézy), soit parce que des hameaux ont préféré avoir leur propre monument (Sandrancourt, hameau de Saint-Martin-la-Garenne et Dennemont, hameau de Follainville, aujourd’hui Follainville-Dennemont), soit encore parce que deux communes dotées chacune d’un monument ont été fusionnées par la suite (Maincourt-sur-Yvette avec Dampierre, Gassicourt avec Mantes).
Comme partout en France, la forme dominante est l’obélisque (proposée sur catalogue partout en France), qui est adoptée pour près de 70 % des monuments. Toutefois, disposant de plus de ressources, Versailles, Mantes et Houilles avaient manifesté pour leur monument une véritable ambition artistique et avaient lancé un concours d’architecture pour sa réalisation.
Une restauration remarquable à Saint-Germain-en-Laye

Chantier mené par IngénierY pour restaurer la statue « La Patrie en deuil » de Charles Barberis (1888-1980) qui a retrouvé sa place au monument aux morts du parc de Saint-Germain-en-Laye. Photo/Cécile Garguelle-IngénierY
Un des chantiers de restauration les plus notoires (subventionné par le Département) a été mené en 2021 sur la statue La Patrie en deuil de Charles Barberis (1888-1980). Elle avait été créée en 1921 pour le monument aux morts situé au cœur du parc du château de Saint-Germain-en-Laye. A la fin des années 1970, elle avait été fortement dégradée puis avait disparu. Grâce à une habitante de Saint-Germain-en-Laye, la statue a été retrouvée…
L’intervention, qui s’est basée sur l’existence d’une importante documentation photographique du monument, a porté sur le nettoyage et la consolidation de la pierre mais aussi la restitution des éléments manquants (main et visage) afin de redonner à l’œuvre son intégrité.
Ces monuments, parfois modestes, parfois majestueux, ne sont pas seulement des pierres dressées dans nos villes. Ils sont les gardiens de mémoire d’un siècle de sacrifices, les témoins silencieux de vies fauchées. Et chaque 8 mai et 11 novembre, lorsque les gerbes se déposent et que les noms résonnent, ils nous rappellent que la liberté n’est jamais acquise. Et peut‑être est‑ce là la plus grande force de ces monuments : nous obliger, chaque année, à suspendre le temps et à mesurer le prix de la paix.

