La Clairière au Vésinet renverse les idées reçues sur le handicap

SandrineGAYET

Au Vésinet, derrière les murs blancs de La Clairière, des hommes et des femmes vivant avec un handicap psychique réapprennent à habiter le monde. Cette résidence accueil, subventionnée par le Département, est gérée par la Fondation des Amis de l’Atelier. Elle mêle autonomie, soutien et vie collective. Un lieu discret qui renverse les idées reçues sur le handicap en redonnant confiance, élan et horizon.

@Maxime SIMON/CD78

La lumière glisse sur les façades claires ou boisées puis fait miroiter le ruisseau fréquenté par le héron. Afin de mieux se fondre dans le paysage, les bâtiments ne dépassent jamais la hauteur des cimes et les voitures sont invisibles. Nous empruntons « la serpentine », l’allée agrémentée d’un parcours de santé, d’aires de jeux, de jardins, d’un étang. Au Vésinet, cet écoquartier du parc Princesse reste fidèle à l’esprit de Paul de Lavenne de Choulot, le paysagiste visionnaire du XIXe siècle qui rêvait d’une « ville à la campagne ».

C’est au cœur de cet écrin apaisé, où la nature dicte encore le tempo, qu’un petit immeuble moderne attire l’œil sans jamais s’imposer. À première vue, rien ne distingue La Clairière des  constructions alentour. Pourtant, derrière ses fenêtres, quelque chose se joue : une manière différente d’habiter le monde, de partager, d’avancer. Ici, les locataires vivent tous avec un handicap psychique et trouvent dans ce cadre un lieu où s’épanouir sans se cacher.

Car dans cette résidence inclusive, l’autonomie n’est pas un idéal abstrait : c’est une réalité quotidienne, un chemin, parfois sinueux, souvent fragile, mais toujours accompagné. Romain, Pauline, Jérôme Charlotte et Chloë y habitent. Chacun loue un studio équipé d’une kitchenette, tout en bénéficiant d’un accompagnement souple.

On rencontre Laurenza et Cédric, les deux référents du lieu. Leur présence est douce, presque imperceptible, mais essentielle. « On forme un combo parfait. Nous sommes aide-soignants et éducateurs spécialisés de formation. On se complète, on se comprend, et surtout, on comprend les résidents », explique Cédric, un sourire dans la voix.

Laurenza ajoute : « Notre rôle, c’est d’être là sans envahir. D’aider sans faire à la place. De rappeler que chacun peut avancer, même d’un millimètre. »

@Maxime SIMON/CD78

Des vies en mouvement, malgré les barrières

Les résidents travaillent en ESAT, suivent un accueil en hôpital de jour, effectuent un stage ou une activité partielle. Tous portent en eux des histoires en pointillées mais surtout, des victoires. « Ici, on n’est pas définis par nos diagnostics. On est des gens qui essaient », nous glisse un résident.

Deux fois par semaine, les activités collectives rythment la vie du groupe : sorties au musée, potager partagé, repas conviviaux, fêtes des voisins. Il y a aussi les pauses café, moments privilégiés pour aborder la vie en collectivité. « Dans ces moments, on se sent moins seuls, moins différents. »

Romain, lui, a trouvé refuge dans le jardin. Il parle en effleurant les feuilles d’un plant de tomate, comme on parle d’un compagnon de route. Ici, il a trouvé une ressource, une respiration. « Le potager, c’est mon endroit, ma passion. Quand je plante, j’oublie tout. Et quand on cuisine mes produits du potager, ça me rend heureux, utile ».

Dans la jolie salle commune, décorée des peintures et dessins créés par les locataires, une résidente rentre de sa journée de travail à l’ESAT. Elle s’assoit, puis sourit. « Je suis heureuse de vivre là. Le cadre est agréable et les gens vraiment gentils. »

@Maxime SIMON/CD78

Un tremplin vers demain

La Clairière n’est pas un lieu de passage obligatoire, mais elle peut devenir un tremplin vers un habitat social « ordinaire ». « Une inclusion réussie ne cherche pas à rendre le handicap invisible, mais à lever les barrières qui limitent les personnes », insiste Cédric. La ville du Vésinet et son service social participent activement à cette dynamique. « On travaille main dans la main et l’on reçoit beaucoup d’invitations pour des événements de la commune ».

Les résidents doivent quand même apprendre à se protéger, à reconnaître les situations à risque. « Ce sont des personnes vulnérables, mais pas démunies », précise Laurenza. « Les personnes en situation de handicap sont souvent surprotégées dans des établissements moins ouverts sur le monde extérieur. Ici, on leur apprend à déployer leurs ailes. »

@Maxime SIMON/CD78

En fin d’après-midi, les locataires parlent du prochain atelier cuisine, d’une balade, d’un film à regarder ensemble. Rien d’extraordinaire, et pourtant tout y est : la convivialité, la sécurité, l’envie de vivre comme tout le monde.

La Clairière porte bien son nom. C’est un espace ouvert, lumineux, où l’on respire mieux. Un lieu où l’on se construit. Où l’on découvre le goût des autres. Où l’on s’autorise, enfin, à imaginer une vie « extra »ordinaire.

Un habitat soutenu par le Département

A travers sa politique de soutien à l’habitat spécifique, le Département des Yvelines a non seulement permis la concrétisation de ces projets par des subventions mais il a surtout fortement œuvré à faire connaître ce type d’habitat auprès des autres collectivités pour favoriser leur développement.

La Résidence Accueil, ouverte en juillet 2023 est gérée par la Fondation des Amis de l’Atelier. Elle a bénéficié d’une subvention départementale de 300 000€. Elle compte 30 studios modernes avec kitchenette et salle de bain privée.  Des terrasses extérieures et un toit terrasse pour des moments de détente.  Une salle collective pour encourager les échanges et la convivialité. Elle a vocation à accueillir, sans condition de durée, des personnes ayant un handicap psychique stabilisé en mesure de vivre en autonomie grâce au Service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) et au Service d’accompagnement médico-social pour adultes handicapés (SAMSAH), deux types de services autorisés par le Conseil départemental et qui proposent des modes de prise en charge diversifiés selon chaque situation.