Encourager les jeunes filles à s’orienter vers les sciences, rendre visibles les femmes scientifiques et agir pour rendre ce domaine plus juste et inclusif. Tels sont les objectifs de la journée internationale des femmes de science du 11 février, contexte dans lequel nous avons rencontré Anne-Françoise Gourgues-Lorenzon, enseignante-chercheuse à l’École Mines Paris-PSL, dont voici l’inspirant portrait.
Les 13 000 m² du nouveau campus de l’École des Mines Paris-PSL sont un véritable labyrinthe qui n’a presque plus aucun secret pour Anne-Françoise Gourgues-Lorenzon. L’enseignante- chercheuse a, comme une bonne centaine d’autres scientifiques en 2025, pris ses quartiers au sein de ce bâtiment flambant neuf, financé par le Département des Yvelines, qui réunit trois laboratoires de pointe : le Centre des Matériaux (CMAT) ; le Centre Énergie, Environnement, Procédés (CEEP) et le Centre de Robotique. En cette journée internationale des femmes de science, Anne-Françoise nous guide dans un dédale de couloirs aux murs blancs et plafonds hauts. « La décoration est encore minimaliste, mais nous prenons petit à petit possession des lieux », souligne-t-elle. Après quelques vives enjambées, nous voici au cœur de ce campus dédié à la recherche et l’innovation. C’est aux côtés d’un microscope ultramoderne, relié à un ordinateur et à six écrans, que l’Yvelinoise nous conte son parcours, étroitement lié à l’École Mines Paris-PSL.
La lente mais certaine féminisation des effectifs
Le 11 février 2026 marque la 12e édition de la journée internationale des femmes de science créée par les Nations Unies. Aujourd’hui encore, seul un chercheur sur trois dans le monde est une femme. La France ne fait d’ailleurs pas partie des bonnes élèves dans ce domaine. Elle se classe 19e parmi les 27 pays de l’Union Européenne en nombre de femmes travaillant comme scientifiques et ingénieures (étude Eurostat 2024) avec une proportion de 38,6 % des effectifs. Un chiffre qui évolue petit à petit dans le bon sens. « À l’échelle de mon petit monde, oui la place de la femme a évolué. Quand j’ai réalisé ma thèse dans les années 1990, nous étions seulement deux filles dans le laboratoire. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus équilibré », constate Anne-Françoise.
Une carrière à l’École des Mines

Anne-Françoise travaille au sein du nouveau campus de l’innovation Mines Paris-PSL qui a été inauguré en octobre 2025. Le Département y a investi près de 105 M€. ©CD78
Malgré la supériorité numérique des hommes dans les laboratoires, cette scientifique n’a heureusement jamais eu à souffrir de son statut de femme. « Ma carrière s’est toujours déroulée au sein d’un milieu majoritairement masculin mais je n’ai jamais souffert de blocage à cause de cela. À mes débuts, on a pu me dire que travailler en Mécanique et Matériaux était un drôle de métier pour une femme mais on ne me l’a jamais dit très longtemps parce que quand on est heureux dans son métier, ça se voit. Et alors on ne vous remet plus en question », témoigne-t-elle avec conviction. Cet alliage entre force de caractère et passion pour son métier lui a permis d’obtenir un Diplôme d’études approfondies en Mécanique et Matériaux à l’Université Paris XIII puis d’obtenir son doctorat au sein de l’École des Mines pour laquelle elle travaille depuis 1992.
À l’écoute
Notre chercheuse spécialiste de l’acier s’est également forgé une belle expérience dans l’enseignement. Depuis plus de 15 ans, elle s’occupe de doctorants et doctorantes avec lesquels elle s’investit à parts égales. À ceci près que cette maman de trois garçons garde un œil attentif sur ses étudiantes. « À l’École des Mines, nous sommes très vigilants sur les sujets liés aux violences sexuelles et morales subies par les femmes afin qu’elles préparent leurs thèses dans des conditions saines. Nous sommes également attentifs aux femmes qui reprennent après un congés maternité. Le retour dans le monde professionnel d’une maman qui se sépare de son enfant n’est jamais une période aisée. Le fait d’avoir vécu cela me permet de mieux appréhender la situation de ces jeunes mamans. Nous sommes à leur écoute, bien au-delà des simples conversations de travail », note-t-elle.
Les sciences s’ouvrent à elles
Pour faciliter l’entrée et le développement des jeunes Yvelinoises dans les sciences, Anne-Françoise ne manque pas d’idées. « Comment pouvons-nous leur donner envie de se lancer ? Elles peuvent nous contacter pour parler des sujets scientifiques qui les intéressent. Dans l’optique de l’oral du brevet des collèges, les élèves de troisième peuvent nous solliciter ». Justement, dans le cadre des projets pédagogiques menés par le Département, un programme nommé « Parcours École des Mines » permettra à des élèves de 4 e et 3e de découvrir le monde des sciences dans cet écrin moderne dédié à la recherche et à l’innovation.
Une aubaine pour les jeunes Yvelinoises qui marcheront peut-être sur les pas de la chercheuse et renforceront la présence féminine dans les laboratoires. « Récemment, une de nos doctorantes a présenté une innovation lors d’un comité technique d’entreprise. Elle était la seule femme présentatrice dans la salle. ‘‘Ça m’a paru bizarre’’ m’a-t-elle dit ». Ce témoignage souligne le travail qu’il reste à faire dans le milieu scientifique, mais l’enseignante-chercheuse préfère conclure sur une note positive. « Quoi qu’il en soit, les femmes que je côtoie sont très motivées, très efficaces et tout aussi compétentes que les hommes. Lors du dernier recrutement, nous avions quatre candidats : deux femmes et deux hommes. Nos seuls critères de sélection sont basés sur les compétences. C’est ainsi que l’École Mines Paris-PSL se donne les moyens de lever les freins à la féminisation du monde scientifique ». Voilà qui est dit !
