A Maurepas, cette pension de famille redonne confiance à ceux qui ont tout perdu

SandrineGAYET

Subventionnée par le Département des Yvelines dans le cadre de sa politique de soutien au logement inclusif, la pension de famille Freha accueille durablement des personnes en situation de grande exclusion. Grâce à un accompagnement de proximité et à un cadre sécurisant, elle permet à chacun de retrouver stabilité, dignité et confiance.

À Maurepas, la pension de famille Freha redonne confiance à ceux qui ont tout perdu @M.SIMON/CD78

Baptisée « La Maison de l’Espoir » par ses occupants, elle offre un refuge à celles et ceux qui ont traversé des épreuves difficiles. Ici, un toit devient bien plus qu’un logement : c’est le point de départ d’une reconstruction, lente mais profonde.

Cette pension de famille accueille une vingtaine de personnes qui ont connu la rue, la solitude, la grande précarité ou des ruptures profondes, et pour qui l’accès à un logement classique reste hors de portée pour le moment. Chacun peut poser ses valises sans limite de durée, trouver un cadre apaisant et bénéficier d’un accompagnement attentif et renforcé. C’est un lieu où l’on reprend son souffle, où l’on retrouve du lien au travers de temps collectifs, et où l’on peut, doucement, se reconstruire.

Lors de notre venue, Anka et Élodie, hôtes de la pension et éducatrices spécialisées de formation, avaient organisé une rencontre autour d’une partie de crêpes. Un goûter chaleureux durant lequel chacun pouvait se présenter, à son rythme. Peu à peu, les échanges se sont ouverts. Les sourires se sont installés, les voix se sont mêlées, et les récits ont commencé à affleurer. Ce type de moment illustre parfaitement le rôle des deux hôtes de la pension de famille. Elles ne se limitent pas à faire de l’accompagnement administratif ou social, mais veillent aussi, surtout, à instaurer un climat de confiance, propice à la parole et à la reconstruction.

Elodie et Anka sont hôtes de pension de famille, un métier peu connu des travailleurs sociaux @M.SIMON/CD78

C’est ainsi que nous avons fait la connaissance de Georges, Pascale, Magali, Ariane, Joël, Eric, Marc et Dorothée. Sans oublier Byron, le compagnon à quatre pattes de Vladimir. Car cette pension se distingue également par l’accueil des animaux, un choix qui répond à une réalité souvent méconnue : pour beaucoup de personnes ayant vécu la rue, le lien avec un animal représente un repère affectif essentiel et un soutien psychologique précieux.

Souffler avant de rebondir

Chacun d’eux porte une histoire singulière, mais tous partagent un point commun : un accident de vie les a fait basculer dans une spirale dont ils n’arrivaient plus à sortir. Eric parle avec lucidité des années d’errance qui ont fini par l’isoler complètement. Dorothée, quant à elle, décrit un événement brutal qui a bouleversé son existence et l’a laissée sans ressources. Tous ont connu la rue ou une situation de grande fragilité avant d’arriver à la Maison de l’Espoir. Aujourd’hui allocataires du RSA (Revenu de solidarité active) ou de l’AAH (Allocation aux adultes handicapés), ils ont enfin trouvé un lieu où se poser, reprendre leur souffle et de nouveau envisager un avenir.

Ce qui ressort de leurs témoignages, c’est l’importance de la stabilité retrouvée. L’un explique qu’il peut enfin dormir sereinement, sans craindre d’être dérangé ou de devoir changer de lieu du jour au lendemain. Un autre confie qu’avant son arrivée, il ne pensait qu’à survivre, alors qu’aujourd’hui il peut réfléchir à ce qu’il souhaite faire par la suite. La reprise d’un emploi n’est pas une perspective immédiate. L’une est à deux ans de la retraite et souhaite avant tout préserver sa santé. L’autre, après des années sans activité professionnelle, ne se voit pas reprendre un emploi classique. Ils cherchent plutôt des activités qui leur permettent de retrouver confiance, de recréer du lien et de renouer avec un quotidien. Le bénévolat pourrait apparaître comme une piste valorisante, car il offre une manière de se sentir utile sans pression. D’autres envisagent des projets personnels, des ateliers collectifs ou des engagements ponctuels qui leur permettent de se réapproprier progressivement leur quotidien.

À Maurepas, la pension de famille Freha accueille les animaux de compagnie, ce qui soulage Vladimir et son fidèle Byron @M.SIMON/CD78

La pension de famille de Maurepas illustre ainsi la force d’un modèle qui conjugue logement durable, accompagnement de proximité et vie collective. Elle démontre qu’un toit ne constitue pas seulement une réponse matérielle, mais qu’il peut devenir un véritable point d’appui pour se reconstruire. Dans cet espace où chacun avance à son rythme, où la bienveillance structure les relations et où la pérennité du logement redonne de la perspective, les résidents retrouvent peu à peu la capacité de se projeter. Ce lieu, à la fois simple et profondément humain, offre la possibilité d’un rebond, parfois discret, mais toujours essentiel.

25 logements privatifs

La pension de famille de Maurepas a ouvert en 2021 et est gérée par FREHA (bailleur social associatif, membre du mouvement Emmaüs). Subventionnée par le Département des Yvelines (280 000€), elle s’inscrit pleinement dans la politique départementale d’aide à l’habitat spécifique et inclusif. Les pensions de famille ont un rôle majeur à jouer dans la mise en œuvre concrète de la politique de Logement d’abord. Avec ses vingt‑cinq logements répartis dans un environnement calme et résidentiel, chacun dispose d’un logement privatif, tout en bénéficiant d’espaces collectifs et d’une présence quotidienne assurée par Anka et Elodie. Cette présence, discrète mais constante, constitue l’un des fondements du modèle, car elle permet d’accompagner les résidents dans la durée, sans condition de temps, et de soutenir leur reconstruction progressive.